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« La poussière vaut de l’or, mais l’humain n’a pas de prix » : 20 ans de dévouement dans le métier d’auxiliaire de vie

30/10/2026 Leslie
« La poussière vaut de l’or, mais l’humain n’a pas de prix » : 20 ans de dévouement dans le métier d’auxiliaire de vie

Elle a le rire franc et le cœur sur la main. Après une première vie dans le commerce, Marie-José est devenue auxiliaire de vie sociale presque par accident. Vingt ans plus tard, elle a accompagné des dizaines de personnes âgées jusqu’à leur dernier souffle, avec une humanité rare et un militantisme bienveillant. Pour le blog, elle revient sur son parcours du combattant, son choix radical du travail en CESU pour fuir la maltraitance institutionnelle, et ce lien indéfectible qui unit une aide à domicile aux familles. Un témoignage bouleversant.

D’une reconversion arrachée à la naissance d’une vocation

Comment êtes-vous arrivée dans le monde de l’aide à domicile ? Était-ce une vocation ?

Pas du tout ! Après avoir fermé la petite épicerie que je tenais avec mon ex-mari, je me suis retrouvée au chômage. J’avais élevé mes cinq enfants et je gérais des ateliers créatifs pour les petits, mais les personnes âgées, je disais toujours : « Ce n’est pas mon truc ! »

C’est une assistante sociale qui m’a orientée vers la formation d’Auxiliaire de Vie Sociale (AVS). Ça a été un vrai parcours du combattant. J’ai réussi les tests, mais la directrice de la formation a voulu donner ma place à quelqu’un d’autre. J’ai tapé du poing sur la table, la hiérarchie s’en est mêlée, et j’ai fini par intégrer la promotion ! Pendant ma formation, mon fils aîné s’occupait de ses petits frères et sœurs et tapait mes cours à l’ordinateur, tandis que mes filles me faisaient réciter mes leçons sans rien me laisser passer. C’est vraiment une victoire familiale.

Vos premiers stages vous ont d’ailleurs confortée dans une vision très précise du métier…

Oui, j’ai tout de suite su ce que je ne voulais pas faire. J’ai détesté mon stage en EHPAD. Voir des professionnels taper du pied en disant à des résidents : « Dépêchez-vous, je suis pressée », ça m’a profondément choquée. Moi, je ne bouscule pas les gens. Je me suis dit : « Je veux qu’on traite mes parents avec dignité, et si je deviens vieille, je veux qu’on me traite comme ça aussi. »

En revanche, mon stage en MARPA (une petite résidence autonomie) a été une révélation. Les gens étaient chez eux, on prenait le temps, c’était humain. J’ai compris que ma place était à domicile.

« Je me suis dit : « Je veux qu’on traite mes parents avec dignité, et si je deviens vieille, je veux qu’on me traite comme ça aussi. » »

Du harcèlement en association à la liberté du travail en CESU

Vous avez travaillé de nombreuses années en association avant de basculer en direct avec vos employeurs. Que s’est-il passé ?

J’ai travaillé des années pour une association où on ne comptait pas mes kilomètres et où la direction finissait par faire du harcèlement moral. J’ai fini par faire un burn-out. Grâce au soutien de la médecine du travail, j’ai pu partir sans tout perdre.

À l’époque, j’accompagnais un monsieur via cette association. « Mon petit monsieur », comme je l’appelais. Quand son frère, qui était son curateur, a su que je partais, il m’a dit : « On veut quitter l’association, mais on ne veut pas vous quitter. Faites-moi votre prix, on vous suit en CESU ! » Et c’est ce qu’il s’est passé. Le bouche-à-oreille a fait le reste.

Le travail en CESU offre plus de liberté, mais pose le problème du remplacement pendant les congés. Comment gériez-vous cela ?

C’est la grande difficulté du statut. Si vous êtes employeur, que vous êtes en fauteuil roulant et que votre unique employée part trois semaines en août, vous faites comment ?

J’ai toujours anticipé ça. Je refusais de laisser mes employeurs seuls. J’ai organisé un véritable planning de remplacement avec d’autres collègues en CESU, et même avec l’une de mes filles qui venait faire les toilettes le matin avant son propre travail ! On tournait pour les jours fériés, on gérait nos congés intelligemment. Pour moi, c’est ça aussi être une bonne professionnelle : sécuriser la personne aidée.

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Rentrer dans le monde de l’autre : l’adaptation et la maladie d’Alzheimer

Vous dites souvent que « chaque maison est un voyage ». Comment vous adaptez-vous aux pathologies, notamment la maladie d’Alzheimer ?

Il faut rentrer dans leur jeu. L’auxiliaire de vie, face à la maladie, c’est un jeu d’acteur perpétuel. Si une dame Alzheimer me dit que son père l’attend dans telle rue qui n’existe plus, je ne la contredis pas frontalement. Je lui dis : « Mettez vos chaussures, on y va ! » On allait se promener, ça lui changeait les idées. Ces heures-là, souvent, je ne les faisais même pas payer.

Une autre dame donnait tous ses repas à son chat. J’arrivais le matin, c’était Bagdad dans le salon. Elle dépotait toutes les plantes, cachait les chaussures. Eh bien, on ramasse et on sourit. Quand une personne refuse de vous laisser entrer parce qu’elle ne vous reconnaît plus, il ne faut pas s’énerver. On fait douter la maladie avec douceur, jusqu’à ce qu’elle vous ouvre la porte.

« Si une dame Alzheimer me dit que son père l’attend dans telle rue qui n’existe plus, je ne la contredis pas frontalement. Je lui dis : « Mettez vos chaussures, on y va ! » »

Jusqu’au dernier souffle : l’attachement et le deuil

On sent que vous êtes allée bien au-delà de la simple fiche de poste avec vos employeurs…

C’est vrai. J’ai toujours été incapable de rester les bras croisés. Mon « petit monsieur » par exemple, il passait son temps sur une grande terrasse en piteux état. Je lui ai dit : « Vous allez finir par tomber là-dedans ! » J’ai appelé son curateur, j’ai avancé l’argent, et avec l’aide de mes filles, on a tout déblayé. On a posé du faux gazon, installé un petit salon de jardin, des guirlandes solaires et des bacs à fraises sur roulettes à sa hauteur pour qu’il n’ait pas à se baisser. Il a adoré.

Vous l’avez d’ailleurs accompagné jusqu’à la toute fin.

Oui… Quand il est entré en EHPAD, c’est moi qui ai géré les papiers. Et quand il a été hospitalisé pour la dernière fois, il avait donné l’ordre qu’on m’appelle moi en premier.
Une nuit, à minuit, l’infirmière m’a appelée pour m’annoncer son décès. Ma fille m’a conduite à l’hôpital en pyjama pour que je puisse lui apporter ses vêtements et gérer les pompes funèbres. C’est moi qui ai choisi l’église, le cimetière, organisé le pot de l’amitié après la cérémonie avec ses brioches préférées. À la sortie de l’église, je voulais m’éclipser, mais son frère m’a retenue : « Non, venez, vous faites partie de la famille. »

Mes propres petits-enfants l’appelaient « Papy Rocher ». Moi qui n’ai jamais eu de grands-parents, je ne pensais pas vivre un tel attachement un jour.

Le conseil d’une pro : quelles sont les vraies qualités d’une aide à domicile ?

Si vous deviez vous adresser à quelqu’un qui souhaite se lancer aujourd’hui, que lui diriez-vous ?

Qu’il faut aimer l’humain et surtout, savoir écouter. L’école nous apprend à repasser ou à faire les vitres d’une certaine façon (même si moi, je gardais ma technique de laveur de carreaux parisien !), mais elle ne nous apprend pas l’empathie.

Si vous le faites juste pour l’argent, changez de voie. Il y en a qui prennent des tarifs exorbitants en CESU sous prétexte que l’employeur a le crédit d’impôt. Mais non ! Le crédit d’impôt est plafonné, et ceux qui ont l’APA ou la PCH ne roulent pas sur l’or. Moi, je m’alignais toujours sur ce que mon propre porte-monnaie aurait pu payer. Je dis souvent : « La poussière vaut de l’or, oui, le ménage c’est physique. » Mais l’humain n’a pas de prix.

Et pour se protéger soi-même ?

Il faut savoir fermer la porte. Quand on arrive chez les gens, on laisse nos problèmes personnels sur le paillasson et on prend les leurs. Mais quand on repart, on ferme la porte et notre métier s’arrête. Je n’ai jamais voulu travailler avec la boule au ventre. Si lors du premier entretien, je sentais que ça n’allait pas le faire, je ne donnais pas suite. C’est ça aussi, le secret pour tenir 20 ans sans jamais rien regretter !

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